Vosges / Energies renouvelables
« Non à la prolifération des éoliennes »
Défendue par Jean-Louis Butré (Fédération
Environnement Durable), l'idée d'un moratoire national sur le
développement de l'éolien a pareillement séduit
Antoine Waechter (à g.), Colette Marchal (Paysages d'Alsace)
et Robert Werner (SPPEF, à d.). (Photo DNA - X.T.)
A l'initiative de Paysages d'Alsace, plusieurs associations ont manifesté
hier sur le site du projet de parc éolien du col du Bonhomme
leur opposition au développement des aérogénérateurs
dans les Vosges et en France.
L'Alsace est à ce jour une des dernières régions
de France où, malgré des projets parfois anciens (lire
ci-dessous), ne tourne encore aucune éolienne. L'association
Paysages d'Alsace, qui milite pour la sauvegarde et la valorisation
du paysage régional, souhaite qu'elle puisse le rester.
« Une imposture et un scandale financier »
Dans ce but, et avec d'autres associations opposées au développement
de ce type d'énergie renouvelable, elle a organisé hier
une conférence de presse au col du Bonhomme, à proximité
immédiate du site où la communauté de communes
de la vallée de Kaysersberg projette de construire un parc éolien
de cinq machines. « La prolifération des éoliennes,
qui sont des éléments industriels, dans une zone paysagère
emblématique comme les Vosges nous inquiète », a
résumé Colette Marchal, sa présidente. Ce qu'Antoine
Waechter, président du Mouvement des écologistes indépendants,
a exprimé en d'autres termes : « Avec l'éolien,
l'artificiel entre dans l'espace naturel. L'homme a besoin d'espaces
vierges, en particulier dans les montagnes, qui compensent les espaces
urbanisés et industriels. Or ici, avec des éoliennes de
120 mètres qui dominent la réserve naturelle du Tanet-Gazon
du Faing ce sera une pollution visuelle insupportable ». «
Développement durable doit aussi rimer avec protection des milieux
naturels. Si on décide de casser le paysage dans les Vosges,
il faut d'abord démontrer que rien d'autre ne peut remplacer
l'éolien. Or il suffirait d'ajouter quelques turbines aux centrales
hydroélectriques sur le Rhin pour se passer de 40 à 50
éoliennes », insiste pour sa part Charles Frey, président
de l'association pour le respect et la protection des paysages et de
l'environnement de Grendelbruch et environs (ARPEGE). Les « anti-éoliens
» alsaciens ont hier reçu le soutien d'autres associations
extra-régionales ou nationales.
Proposition d'un moratoire national
Outre Claude Brocard, président de l'association vosgienne Rabodeau
Environnement - elle s'oppose au projet éolien de Saâles
- venu en voisin depuis Senones, Robert Werner, administrateur de la
Société pour la protection des paysages et de l'esthétique
en France (SPPEF), a estimé « que l'éolien était
en train de mutiler la France ». Pour ce journaliste et écrivain
natif de Strasbourg, « l'éolien est à la fois une
imposture et un scandale financier. Des opérateurs danois, allemands
ou espagnols font miroiter des taxes professionnelles aux petits maires
et ainsi se sucrent sur le dos de nos paysages ! »
Jean-Louis Butré, président de la Fédération
Environnement Durable, a fait le voyage depuis l'Oise pour plaider l'idée
d'un moratoire sur les projets éoliens en France. « Nous
avons écrit aux parlementaires dans ce sens. Nous demandons qu'une
étude indépendante ait lieu au niveau national »,
a-t-il annoncé avant d'énumérer les inconvénients
qui grèvent, selon lui, le développement des aérogénérateurs
: « Ils produisent peu d'électricité mais coûtent
un prix faramineux. Ils ne sont pas si écologiques qu'on le dit
car des centrales thermiques doivent prendre le relais lorsqu'ils ne
fonctionnent pas. Enfin, nous avons récolté des témoignages
de gens de tout le pays qui n'arrivent pas à dormir à
cause des nuisances sonores produites ». L'ensemble des représentants
associatifs réunis au col du Bonhomme a appelé les pouvoirs
publics à privilégier d'autres énergies renouvelables
comme la cogénération, la biomasse ou la géothermie.
Et d'inciter leurs concitoyens à faire des efforts pour «
économiser l'énergie ». « Il n'y a pas de
solution si on reste dans une logique de consommation croissante d'énergie.
Il faudra la réduire substantiellement à l'avenir »,
a insisté Antoine Waechter qui ne s'oppose pas à l'éolien,
dit-il, « dès lors qu'on limite l'implantation des machines
aux zones industrielles ».
Xavier Thiery
© Dernières Nouvelles D'alsace, Samedi 24 Mai 2008.
-