24.05.08


Défendue par Jean-Louis Butré (Fédération Environnement Durable),
l'idée d'un moratoire national sur le développement de l'éolien a pareillement séduit Antoine Waechter (à g.),
Colette Marchal (Paysages d'Alsace) et Robert Werner (SPPEF, à d.). (Photo DNA - X.T.)

Vosges / Energies renouvelables


« Non à la prolifération des éoliennes »


Défendue par Jean-Louis Butré (Fédération Environnement Durable), l'idée d'un moratoire national sur le développement de l'éolien a pareillement séduit Antoine Waechter (à g.), Colette Marchal (Paysages d'Alsace) et Robert Werner (SPPEF, à d.). (Photo DNA - X.T.)
A l'initiative de Paysages d'Alsace, plusieurs associations ont manifesté hier sur le site du projet de parc éolien du col du Bonhomme leur opposition au développement des aérogénérateurs dans les Vosges et en France.
L'Alsace est à ce jour une des dernières régions de France où, malgré des projets parfois anciens (lire ci-dessous), ne tourne encore aucune éolienne. L'association Paysages d'Alsace, qui milite pour la sauvegarde et la valorisation du paysage régional, souhaite qu'elle puisse le rester.

« Une imposture et un scandale financier »
Dans ce but, et avec d'autres associations opposées au développement de ce type d'énergie renouvelable, elle a organisé hier une conférence de presse au col du Bonhomme, à proximité immédiate du site où la communauté de communes de la vallée de Kaysersberg projette de construire un parc éolien de cinq machines. « La prolifération des éoliennes, qui sont des éléments industriels, dans une zone paysagère emblématique comme les Vosges nous inquiète », a résumé Colette Marchal, sa présidente. Ce qu'Antoine Waechter, président du Mouvement des écologistes indépendants, a exprimé en d'autres termes : « Avec l'éolien, l'artificiel entre dans l'espace naturel. L'homme a besoin d'espaces vierges, en particulier dans les montagnes, qui compensent les espaces urbanisés et industriels. Or ici, avec des éoliennes de 120 mètres qui dominent la réserve naturelle du Tanet-Gazon du Faing ce sera une pollution visuelle insupportable ». « Développement durable doit aussi rimer avec protection des milieux naturels. Si on décide de casser le paysage dans les Vosges, il faut d'abord démontrer que rien d'autre ne peut remplacer l'éolien. Or il suffirait d'ajouter quelques turbines aux centrales hydroélectriques sur le Rhin pour se passer de 40 à 50 éoliennes », insiste pour sa part Charles Frey, président de l'association pour le respect et la protection des paysages et de l'environnement de Grendelbruch et environs (ARPEGE). Les « anti-éoliens » alsaciens ont hier reçu le soutien d'autres associations extra-régionales ou nationales.

Proposition d'un moratoire national
Outre Claude Brocard, président de l'association vosgienne Rabodeau Environnement - elle s'oppose au projet éolien de Saâles - venu en voisin depuis Senones, Robert Werner, administrateur de la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique en France (SPPEF), a estimé « que l'éolien était en train de mutiler la France ». Pour ce journaliste et écrivain natif de Strasbourg, « l'éolien est à la fois une imposture et un scandale financier. Des opérateurs danois, allemands ou espagnols font miroiter des taxes professionnelles aux petits maires et ainsi se sucrent sur le dos de nos paysages ! »

Jean-Louis Butré, président de la Fédération Environnement Durable, a fait le voyage depuis l'Oise pour plaider l'idée d'un moratoire sur les projets éoliens en France. « Nous avons écrit aux parlementaires dans ce sens. Nous demandons qu'une étude indépendante ait lieu au niveau national », a-t-il annoncé avant d'énumérer les inconvénients qui grèvent, selon lui, le développement des aérogénérateurs : « Ils produisent peu d'électricité mais coûtent un prix faramineux. Ils ne sont pas si écologiques qu'on le dit car des centrales thermiques doivent prendre le relais lorsqu'ils ne fonctionnent pas. Enfin, nous avons récolté des témoignages de gens de tout le pays qui n'arrivent pas à dormir à cause des nuisances sonores produites ». L'ensemble des représentants associatifs réunis au col du Bonhomme a appelé les pouvoirs publics à privilégier d'autres énergies renouvelables comme la cogénération, la biomasse ou la géothermie. Et d'inciter leurs concitoyens à faire des efforts pour « économiser l'énergie ». « Il n'y a pas de solution si on reste dans une logique de consommation croissante d'énergie. Il faudra la réduire substantiellement à l'avenir », a insisté Antoine Waechter qui ne s'oppose pas à l'éolien, dit-il, « dès lors qu'on limite l'implantation des machines aux zones industrielles ».

Xavier Thiery

© Dernières Nouvelles D'alsace, Samedi 24 Mai 2008. -

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