Le Spiegel de cette semaine (20.8.07 - no. 34) contient un article (2 pages avec photos et graphique) intitulé "Unerwartete Kräfte" qui décrit les problèmes techniques et pannes des éoliennes en Allemagne.

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Energie

Des forces inattendues

Des rotors qui se brisent, des transmissions qui se cassent, des fondations qui se fissurent : le nombre croissant des avaries subies par les éoliennes ébranlent cette filière écologique
Il n'y avait pas de signe précurseur, aucun moyen pour intervenir. Lorsque le vent forcit, le bout de pale se détachait, brusquement et avec un claquement sec. Le lourd fragment fendait l'air en tourbillonnant, et les 10 m restants de la pale s'écrasaient 200 mètres plus loin dans un champ situé dans le canton d'Oldenburg.
Le crash de cette éolienne de 100 m de hauteur, début novembre dernier, a eu une suite : Alarmé par cet accident, les services concernés par de telles constructions ont fait inspecter six éoliennes équipées du même type de machines et montées dans le même canton - le résultat en était tellement inquiétant que le conseiller général Franck Eger (Parti socialiste) s'est vu obligé de demander vers la mi-juillet l'intervention du gouvernement du Land de Niedersachsen : il informait Hannover qu'il aurait dû par précaution et pour garantir la sécurité, de faire arrêter immédiatement 4 de ces installations. Ce serait déjà le deuxième incident de ce genre qui se produisait dans son canton, et il ne serait pas à exclure que des installations utilisant le même type de machines et montées dans toute l'Allemagne présenteraient les mêmes dangers. Une expertise aurait mis à jour "des indices faisant craindre des erreurs commises lors de leur fabrication, étant donné des "particularités singulières" observées autour du point de rupture.
Après le boom des dernières années, les exploitants des éoliennes comme les experts commencent à se faire des soucis : apparemment, ces installations ne sont pas si fiables et leur durée de vie n'est pas si longue qu'affirment leurs constructeurs. En attendant, des incidents parfois graves par milliers provoquent la colère de leurs propriétaires et de leurs assureurs. Rare qu'un engrenage dans la nacelle de tels moulins, perchée en haut d'une tour résiste plus de 5 années aux contraintes permanentes. Parfois, en peu de temps après leur mise en service, apparaissent déjà des fissures au rotor ou dans les fondations, et des courts-circuits ou des surchauffes du rotor provoquent des incendies. Or - ainsi l'ont assuré de nombreux constructeurs de parcs éoliens - ces engins auraient été conçus pour fonctionner normalement pendant 20 années.
L'association nationale regroupant tous les assureurs allemands se plaint du nombre significatif d'engrenages que déjà il aurait fallu remplacer. Dans un rapport sur le "Potentiel de dangers technologiques" de ces installations il est signalé qu' "à côté des générateurs et des engrenages, les pales aussi subissent des avaries en série". Les assureurs épinglent des défauts des roulements, une diminution de la résistance des matériaux et des fissures présentant des dangers.
Le manque de fiabilité du matériel de certains constructeurs nuit grandement à cette filière du futur qui pendant des années allait de records en records de croissance. Encore fin juillet l'association nationale Windenergie jubilait : "Les affaires atteignent de nouveaux records." En 2006, l'industrie éolienne allemande aurait bien progressée de 40 pourcent et elle occupe maintenant 74 000 personnes.
Du reste, la République Fédérale est championne mondiale de l'énergie éolienne : en attendant, plus de 19 000 moulins tournent entre Flensburg et Garmisch - plus que dans n'importe quel autre pays. Le développement de l'éolien afin de protéger l'environnement était le projet phare du gouvernement fédéral rouge-vert. Et encore la Grande Coalition à Berlin est fière à cause de ce boom puisqu'il démontre combien serait sérieuse l'Allemagne dans sa lutte contre le changement climatique. Et maintenant, Sigmar Gabriel (socialiste), ministre de l'environnement veut encore accélérer cette tendance grâce à la construction de parcs éoliens off-shore dans la Mer du Nord et de la Baltique.
Le résultat des subventions est qu'à partir du bricolage de quelques écologistes fanatiques s'est créée en peu d'années une branche industrielle qui pèse des milliards. Puisque les marchands d'électricité doivent acheter cette énergie à des tarifs imposés, l'énergie du vent est devenu un commerce lucratif.
C'est précisément cela qui est à l'origine des ennuis avec les performances techniques : ainsi se plaint par exemple l'ingénieur Manfred Perkum, récemment encore expert de l'assureur R+V "que ces dernières années, de nombreux constructeurs ont mis sur le marché autant d'installations qu'ils pouvaient, sans prendre le temps nécessaire pour tester les prototypes."
L'expert bavarois en éoliennes Martin Stöckl parcourt l'Allemagne en long et en large chaque année sur 80 000 km, et il ne connaît que trop bien les conséquences typiques résultant de cette manie de construire à tout prix, mais souvent il ne peut guère aider les exploitants : A cause de l'énorme demande mondiale, les délais de livraison ne sont pas seulement importants, mais surtout pour des pièces de rechange la demande est tellement forte que parfois l'on n'en peut obtenir qu'avec difficulté. Stöckel dit : "Pour obtenir un nouveau palier il est parfois nécessaire d'attendre 18 mois. Alors la machine reste à l'arrêt."
"Chiffre d'affaires au top, mais le service un flop", titrait le magasine spécialisé 'Erneuerbare Energien" (Energies Renouvelables) en présentant les résultats désolants d'une enquête parmi les adhérents de l'association fédérale Windenergie sur le degré de leur satisfaction avec les fabricants. Seulement l'entreprise Enercon d'Aurich obtenait la note "bien". Mais cette entreprise fabrique les éoliennes à m'exclusion des paliers - ainsi elle évite de se voir confronté à une des causes principales des avaries.
Aussi parmi les assureurs qui au début des années 90 se pressaient plein d'espoir pour obtenir des parts de marché, l'énergie éolienne est aujourd'hui considérée comme un risque : rien que l'Alliance AG devait intervenir en 2006 dans environ 1000 cas d'avaries. Jan Pohl de l'assureur Allianz évalue pour les 4000 éoliennes qu'il assure, "qu'un propriétaire d'éolienne doit s'attendre à subir une panne tous les 4 ans - sans parler des perturbations ordinaires ou des pannes non assurées."
Ayant appris la leçon, de nombreux assureurs introduisent maintenant des clauses de révision dans leurs polices : Dans certains cas, les propriétaires des éoliennes doivent s'engager à changer tous les cinq ans les éléments particulièrement sollicités comme par exemple les engrenages. Et leur coût se monte facilement à 10 pourcent du coût total de toute l'éolienne - ce qui dans de nombreux cas rend caduc le calcul de rentabilité fait par de nombreux investisseurs. Et les assureurs connaissent les candidats dangereux : "Actuellement, pour 3 à 4000 installations anciennes les polices d'assurance doivent être renouvelées," signale Holger Martsfeld, Chef des assurances techniques de la Gothaer, le plus grand assureur d'éoliennes : "nous savons qu'un grand nombre parmi eux possèdent des défauts techniques."
Ces défauts peuvent présenter des dangers. Ainsi
- en décembre de l'année dernière, près de Trèves, les fragments d'une pale qui venait d'éclater ont atterris sur une route départementale, juste avant le début de la circulation de pointe ;
- en janvier dernier, deux éoliennes ont été détruites par le feu près d'Osnabrück et dans le Havelland. Les pompiers restaient spectateurs - leurs échelles ne leur permettaient pas d'atteindre les nacelles en feu ;
- dans le même mois, dans le Schleswig-Holstein, un mat d'éolienne de 70 m de hauteur s'est plié comme un fétu de paille - à côté d'une autoroute ;
- au mois de mai dans le Brandenburg, les pales d'une éolienne, situées à une hauteur de 100 mètres se sont arrachées et les fragments se sont plantés dans un champ de blé, à côté d'une route.
Dans le centre technique de l'assureur Allianz (AZT) à München, ces paliers cassés, ces engrenages qui s'effritent et les pales arrachées provenant de ces épaves sont soumis à une analyse. L'expert de l'AZT, Erwin Bauer, raconte : "Les forces qui agissent sur les rotors sont beaucoup plus importantes qu'attendues au départ." La régularité du vent n'est hélas pas suffisante. "Le plus souvent il souffle en rafales, est sujet à des turbulences, et sa direction n'est pas constante."
Mais au lieu de perfectionner leurs machines, de nombreux fabricants n'auraient eu que cesse de développer des éoliennes encore plus grandes. Bauer dit que "Si les éoliennes plus grandes produisent davantage, elles s'accompagnent aussi de contraintes encore plus grandes qu'il faut maîtriser."
Et celles-ci concernent même les socles en béton, constructions pourtant simples d'un point de vue technique : les vibrations et variations de charge sont la cause de fissures, de l'eau s'infiltre dans les crevasses, les armatures en acier commencent à s'oxyder. Un certain nombre d'installations est concerné par ces problèmes, et il est difficile d'y remédier. "Il n'est pas possible de regarder dans le béton pour voir ce que s'y passe," dit Marc Gutermann, professeur de statique expérimentale à Bremen, "Il ne sert donc à rien de sceller ces fentes simplement à la surface."
Cet expert de la construction soupçonne des erreurs de conception : "Les installations deviennent toujours plus grandes,"dit-il, "mais le diamètre des mâts des éoliennes ne peut pas être augmenté puisqu'il est étroitement limité par les possibilités de leur transport sur les routes."
Mais les développeurs s'entêtent de vouloir remplacer des installations plus petites par d'autres toujours plus grandes puisqu'il n'y a pratiquement plus de place pour mettre de nouvelles éoliennes. Toutefois de telles réinstallations (repowering) sur terre mettrait les industriels à l'abri des dangers des éoliennes off-shore qui jusqu'à présent n'existent pas encore dans les eaux allemandes. Le ministre Gabriel compte sur l'installation d'une puissance totale de 25 000 MW d'ici 2030.
Et pourtant certains constructeurs dans d'autres pays se sont heurtés aux réalités de la mer et ont connu des déboires : ainsi en 2004 par exemple, le danois Vestas, numéro Un sur le marché mondial, était obligé de changer toutes les turbines d'un parc d'éoliennes off-shore complet, situé à l'ouest des côtes danoises puisque ces installation ne résistaient pas aux conditions locales. En 2005, devant les côtes anglaises, des problèmes identiques ont apparu.
Pour leur rival allemand ENERCON, le "risque technologique" serait en principe trop élevé, explique Andreas Düser, chargé des ventes chez Enercon. Bien que ce marché serait alléchant, leur entreprise n'aimerait pas perdre sa réputation en "haute mer".

Vendre autant que se peut …
MICHAEL FRÖHNLINGSDORF, SIMON KAISER
Légendes
page 1 : haut
Le 13 janvier après une tempête, près de Besdorf (Schleswig-Holstein)
page 1 : bas
En juin 2004 après un coup de foudre, près de Kiel.
page 2 :Graphique Les risques de la hauteur, Evolution des éoliennes en mètres, Diamètre du cercle décrit par les pales, Hauteur de l'axe du rotor
page 2 : Tableau Le marché allemand de l'éolien
Parts de marché des constructeurs en %, 2006
Enercon (Allemagne) 38,4
Vestas (Danemark) 34,6
Repower (Allemagne) 7,6
GE Wind (USA) 5,7
Nordex (Allemagne) 4,8
Page 2 : Photo
Nacelle d'éolienne (2003, lors d'une exposition)
Vendre autant que se peut …






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