Éoliennes à Baie-des-Sables,
Saint-Ulric et Saint-Léandre
Des maires en retireraient des bénéfices
Par Romain Pelletier
Selon les informations obtenues par l'équipe de l'émission
La facture à Radio-Canada, les redevances sont systématiquement
plus élevées en Ontario. Pour des éoliennes de même
puissance que celles qu'on retrouve au Québec, les agriculteurs ontariens
reçoivent plus du double: 6 500$ en Ontario, contre 3 000$ au Québec.
Le reportage complet a été diffusé le mardi 28 novembre
à 19h30. (Photo Romain Pelletier).
L'enquête de Radio-Canada à l'effet que des maires, favorables
à l'implantation de parcs éoliens dans leur municipalité,
retireraient personnellement des bénéfices de projets, a
causé tout un émoi. Amplement diffusée et reprise
dans de nombreux autres médias depuis mercredi, elle révèle
entre autres que le maire de Baie-des-Sables, Jacques Couillard, recevra
des redevances pour trois éoliennes sur ses terres, que celui de
Saint-Léandre, Roger Bernier, en aura pour neuf éoliennes
et que celui de Saint-Ulric, Serge Gendron, recevra de l'argent pour le
poste de raccordement. Et que l'ex-mairesse de Saint-Ulric, Éva
Robichaud a été embauchée par le promoteur Northland
Power.
La députée Nancy Charest, le préfet de la MRC,
Réginald Desrosiers, la mairesse de Matane, Linda Cormier se sont
rapidement portés à leur défense. Pour sa part, M.
Desrosiers y voit «une nouvelle montée en épingle,
de toutes pièces». Il se dit convaincu que les élus
éclaboussés par cette histoire n'ont rien à se reprocher.
Le maire de Baie-des-Sables réagit vigoureusement
Le maire de Baie-des-Sables a réagi vigoureusement à l'enquête
de Radio-Canada. Selon lui, le reporter de Radio-Canada était en
«mission commandée» et voulait le «planter»,
à l'exemple des autres maires ou l'ex-mairesse de Saint-Ulric.
«Je n'ai jamais caché que j'avais trois éoliennes
sur mes terres et je n'ai jamais pensé une seconde à mon
intérêt personnel, assure-t-il. Au contraire, j'ai travaillé
avec d'autres maires pour obtenir le maximum de redevances et retombées
pour nos collectivités. Et, je n'ai jamais participé ou
assisté à quelque négociation avec les propriétaires
terriens et le promoteur du parc éolien Cartier énergie
éolienne.»
Même le premier ministre s'en est mêlé
Sur la scène nationale, la nouvelle a suscité de nombreuses
réactions dont celle du premier ministre Jean Charest. Admettant
qu'il y a matière à vérification, il a dit reconnaître
la nécessité de mieux encadrer les prochains projets de
parcs éoliens.
«L'énergie éolienne, pour les prochaines années,
au Québec, c'est un investissement de 6 milliards de $. On veut
développer plus de 4 000 mégawatts, on va être les
plus gros producteurs en Amérique du Nord. Et évidemment,
dans la mise en oeuvre, ça va commander, de la part de tout le
monde, un effort pour s'assurer qu'on le fasse correctement. Je pense
que dans la réalisation des premiers projets, on va observer ça
comme il faut, pour s'assurer qu'on fasse ça correctement»,
a-t-il indiqué à Radio-Canada.
Pour sa part, la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau,
n'écarte pas la possibilité d'une enquête. «Si
un membre d'un conseil municipal a un intérêt dans un dossier,
il a l'obligation de divulguer cet intérêt aux membres. Telles
sont les dispositions de la loi», a-t-elle dit.
En région, certains se sont indignés de toutes ces révélations.
Le maire d'Amqui, Gaëtan Ruest, a dénoncé l'élasticité
de la conscience des représentants montrés du doigt. «Les
gens représentés par des personnes comme ça devraient
se réveiller et leur demander de démissionner», a-t-il
confié.
L'ancienne députée bloquiste de la circonscription de Rimouski/Neigette/Témiscouata/Les
Basques, Suzanne Tremblay, a déploré leur «manque
d'éthique». S'ils ont des terres convoitées par les
promoteurs, «que ce soit transparent et limpide. Si c'est camouflé,
ils devraient démissionner au nom de l'éthique», a-t-elle
mentionné.
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