CANADA:
10 février 2007



L'éolien face à des vents contraires

François Cardinal : La Presse
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Présentée comme une panacée écologique, l'énergie éolienne ne remplit pas toujours ses promesses en Europe. Un vaste bilan international sur le sujet révèle que les gains environnementaux ont peut-être été surestimés.

Signé par ABS Energy, firme de consultation britannique spécialisée en énergie, le document brosse un portrait de l'exploitation de cette filière dans le monde, y compris au Canada. Obtenue par La Presse, cette étude destinée aux décideurs a pour objectif de distinguer les mythes de la réalité.

« L'expérience démontre que la réduction des émissions de gaz à effet de serre est moindre que prévu. Cela remet en question l'importance de l'énergie éolienne d'un point de vue environnemental », note-t-on dans cette étude d'une centaine de pages réalisée à partir des bilans des opérateurs nationaux.


Les experts québécois interrogés sur le rapport d'ABS ont émis des doutes sur la crédibilité de ses conclusions. Ils ont aussi précisé qu'il ne faut pas transposer les observations faites en Europe au contexte québécois, qui est différent en raison notamment de la grande place faite à l'hydroélectricité.

Se concentrant surtout sur les expériences des pays d'Europe, là où était produite en 2005 près de 70 % de l'énergie mondiale provenant du vent, ABS conclut donc que l'éolien ne permet au mieux que de faibles gains environnementaux.

L'Allemagne, leader mondial de l'éolien avec près de 20 000 MW de puissance installée (contre 1341 MW au Canada), aurait ainsi connu plusieurs ratés ces dernières années. Au cours de la moitié de l'année 2005, par exemple, le facteur de capacité des éoliennes n'a été que de 14 %, ce qui signifie qu'elles n'utilisaient en moyenne qu'un septième de leur capacité.

Se fiant aux bilans de la firme E.On, ABS ajoute que la variabilité des vents était si grande cette année-là que l'apport des éoliennes dans le réseau pouvait passer en quelques jours de 38 % à 0,2 % de toute l'énergie. Cela oblige l'Allemagne à disposer, en parallèle aux éoliennes, de sources traditionnelles et polluantes d'énergie pour combler le manque à gagner.

« L'énergie éolienne ne peut remplacer les centrales traditionnelles que de façon limitée, note-t-on. Il n'est pas possible de garantir que cette énergie comblera les besoins de consommation énergétique. »

Au Danemark, autre pays à l'avant-garde dans le domaine, les gains environnementaux étaient aussi limités ces dernières années, selon la firme de consultants. Les vents étant intermittents, les sommets de production d'électricité n'ont pas toujours correspondu aux pics de demande. Ainsi, l'an dernier, 84 % de l'énergie produite a été exportée vers la Norvège et la Suède, des pays qui utilisent avant tout l'hydroélectricité.

« Cela annule les réductions d'émissions de gaz à effet de serre promises, puisque l'électricité produite par les barrages hydroélectriques ne génère pas d'émissions. En outre, le gros de la consommation énergétique des Danois a été comblée par des centrales au charbon », notent les auteurs de l'étude.

Un autre problème que personne n'avait prévu est survenu dans certains pays, selon ABS. Pour garantir une certaine puissance énergétique en tout temps, certains pays doivent faire fonctionner des centrales polluantes de manière intermittente plutôt que continue.

« Or, les centrales sont moins efficaces lorsque utilisées de manière intermittente. Par conséquent, les émissions produites par les centrales sont proportionnellement plus grandes que si elles étaient utilisées de façon continue », peut-on lire.

Expertise critiquée

Pour Philip Raphals, directeur du Centre Hélios à Montréal, le rapport n'a pas une grande crédibilité. Citant des « erreurs surprenantes », il se demande si cette firme qui se dit indépendante n'a pas pour objectif de nuire à l'exploitation de l'énergie éolienne.

« Cela dit, la problématique de l'intégration telle que soulevée est réelle. Plus il y a d'énergies à intégrer, plus le défi est grand. »

Pour Jean-Michel Parouffe, consultant en énergie renouvelable, le rapport d'ABS « surestime » les difficultés de l'éolien. Il précise ainsi que les plus récentes études nord-américaines sur la variabilité des vents ont conclu que le problème était maîtrisable.

« Et là où cette étude de marché pose problème, dit-il, c'est qu'elle s'appuie sur les bilans d'opérateurs comme E.On, une entreprise qui a été forcée de prendre le virage de l'éolien par l'Allemagne. »

 


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