Bernard Viau
Parti Vert, Rivière-du-Loup
Édition du jeudi 24 août 2006
On prétend que l'éolien diminuera l'effet de serre. Réduire
la consommation de viande aurait plus d'effet sur le réchauffement
planétaire car l'élevage est la première source
de gaz à effet de serre. Ce qu'il faut pour améliorer
notre bilan énergétique, ce sont des incitatifs fiscaux
pour les économies d'énergie. Il ne faut pas se leurrer
: si on met tant d'argent dans le développement de l'éolien,
ce n'est pas pour l'environnement. On construit des éoliennes
parce que c'est très payant. Un projet d'éoliennes se
finance d'abord comme un abri fiscal qui donne des déductions
de 80 % pour l'impôt des particuliers. Le promoteur ramasse des
bonis de production et des crédits de réduction d'émissions
polluantes de la part des gouvernements. Mais l'argent n'est pas tout
: il faut que le projet soit accepté socialement.
La valeur d'un paysage
Récemment, le vent s'est arrêté à Rivière-du-Loup;
Sky Power a accumulé les gaffes aux audiences du BAPE et a dû
s'offrir les services d'une firme de relations publiques pour tenter
de le piloter hors des eaux troubles. Il a sous-estimé l'importance
des émotions liées à une ressource naturelle pourtant
simple : le paysage.
On mesure la valeur des choses en fonction de leur rendement potentiel,
du profit qu'on peut en tirer. Il est donc normal que les financiers
n'arrivent pas à comprendre la valeur d'un paysage !
En Europe, les citoyens se plaignent que des kilomètres de paysages
ont été défigurés et que les éoliennes
entraînent des problèmes de santé. Le tourisme a
baissé et la valeur des propriétés a diminué.
Il faut être lucide : les éoliennes sont d'énormes
tours surmontées d'un phare intermittent. Impossible de les manquer
!
Il y a beaucoup de choses dont on ne parle pas lors des présentations
d'un promoteur. La machinerie nécessaire est énorme, à
la mesure de ces tours gigantesques; tous les chemins d'accès
doivent être agrandis, les ponts aussi. Autour de la base de ciment,
pour supporter le poids des grues, il faudra compacter et niveler le
sol sur une très grande superficie, d'où de l'érosion
et des dommages considérables aux terres «protégées»
par la Loi sur la protection du territoire agricole. L'hydrologie des
champs agricoles est de plus complètement perturbée, et
ce, de manière irréversible.
La construction d'éoliennes requiert une mer de ciment. Des milliers
de convois, très lourds, très larges et très longs,
vont causer des dommages à tout le réseau routier en plus
de polluer par le diesel, le bruit, la poussière, les vibrations
et le trafic. Des fondations seront affectées par le passage
des camions et les routes défonceront au printemps. Qui, pensez-vous,
paiera la facture ? L'Union des municipalités vient justement
de lancer l'invitation aux élus municipaux pour discuter de la
filière éolienne à Rimouski en octobre prochain.
Prévoir les frais de démantèlement
Dans 30 ans, si les promoteurs n'ont pas déclaré faillite
pour éviter d'avoir à démanteler les éoliennes,
les fondations seront léguées aux petits-enfants des propriétaires
actuels. Il faudrait, par précaution, exiger des promoteurs le
dépôt en fiducie des frais de démantèlement
des éoliennes, comme un fond d'actifs pour les générations
futures.
Dans un monde idéal, les promoteurs feraient ce qu'ils voudraient.
Ils supprimeraient les enquêtes publiques, obligeraient les préfets
et les maires à un silence complaisant et feraient payer leur
publicité par le gouvernement. L'éolien industriel est
loin de l'image propre et verte que les promoteurs veulent bien présenter.
Il y aura des retombées économiques, nous dit-on. Or 75
% des coûts d'une éolienne vont à la turbine; le
Québec n'en produit pas. Et 20 % des coûts vont à
la construction. Dans le cas de Sky Power, les contrats sont déjà
tous attribués à une firme de l'Ontario.
Soyons réalistes : le Québec ne fournira que le gravier,
le sable et les beignes du promoteur.
Gigantisme antiécologique
En France, après l'implantation de plusieurs parcs éoliens,
on sait maintenant avec certitude que l'éolien industriel ne
crée aucun emploi permanent car les éoliennes sont surveillées
et exploitées à distance par un technicien travaillant
dans une salle bourrée d'ordinateurs.
Il faut encadrer les projets d'éoliennes avant qu'il ne soit
trop tard. Ces tours gigantesques seront encore dans le paysage lorsque
les décideurs d'aujourd'hui seront en centre d'hébergement.
Les MRC doivent absolument renforcer leurs règlements pour exclure
complètement l'éolien industriel des zones agricoles,
des zones migratoires, des zones touristiques et des routes fréquentées.
Il faut regrouper les éoliennes dans des parcs et prévoir
des indemnisations substantielles en compensation des dommages aux infrastructures
routières. Pour prendre une décision éclairée
dans le dossier de l'éolien, il faudra faire preuve d'une vision
de 30 ans.
Si nous dénonçons aujourd'hui ce modèle de développement,
c'est à cause de son gigantisme. L'éolien industriel est
devenu antiécologique car les champs d'éoliennes sont
des symboles, non pas d'un respect de l'environnement mais de l'exploitation
des ressources et de la domination de l'industrie sur l'environnement
et le territoire. Par contre, ce même non-respect sonnera peut-être
le glas du projet de Sky Power car ses éoliennes contreviennent
à la Loi sur la protection du territoire agricole.
Quel développement serait souhaitable ? Un développement
local autogéré de l'énergie éolienne au
lieu d'un rapport de force économique où les millions
l'emportent sur le gros bon sens. Les municipalités doivent devenir
des partenaires ou, mieux, des investisseurs responsables pour les générations
futures en exigeant qu'Hydro-Québec ajuste ses exigences au monde
coopératif municipal.