Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE),
rejette le projet de SkyPower dans la MRC de Rivière-du-Loup.
L'organisme estime que, «dans sa version la plus récente,
ce projet éolien ne peut être réalisé.»
Dans un rapport dévastateur, le BAPE conclut que le projet
contrevient à la réglementation en vigueur à MRC,
représente un risque pour le paysage, la faune ailée,
le climat sonore, l'agriculture et ne reçoit pas l'appui de la
communauté. Malgré cela, la torontoise ne baisse pas les
bras.
«Nous n'avons pas attendu ce rapport pour prendre les devants.
Le BAPE, c'est une photo prise lors des audiences. Depuis, notre projet
a évolué et nous souscrivons maintenant à l'essentiel
des réserves émises par les commissaires, dont l'acceptation
sociale et les données environnementales», dit le porte-parole
de SkyPower, M. Jean-Pierre Dion.
Soulignant que le projet a connu plusieurs modifications et que la version
finale n'est pas encore connue, le BAPE dit avoir ciblé de grands
enjeux qui s'appliquent, «peu importe la disposition définitive
des éoliennes». Ainsi, la commission, présidée
par M. François Lafond, souligne le support quasi unanime de
la population en ce qui a trait au développement éolien,
mais dit constater aussi les inquiétudes des participants à
propos de celui de SkyPower «qui modifierait profondément
le caractère de leur milieu de vie.»
150 pages
Le rapport de 150 pages fait aussi état de l'absence de concertation
entre le promoteur, la population et les acteurs au dossier. «Plusieurs
participants ont décrié la façon de faire du promoteur
dans l'élaboration de son projet. Le Centre local de développement
déplore n'avoir pas été interpellé pour
contribuer à l'avancement du projet. De même, la MRC a
qualifié de difficiles ses relations avec le promoteur depuis
l'annonce du projet jusqu'à l'adoption du règlement de
contrôle intérimaire. Ce problème a aussi été
souligné par les municipalités de Saint-Paul-de-la-Croix
et de Saint-Épiphane.»
Le BAPE considère que le règlement de contrôle intérimaire
de la MRC, n'est pas trop restrictif, mais, qu'au contraire, il représente
des exigences minimales qu'il importe de respecter. «Compte tenu
de la valeur touristique et patrimoniale reconnue et de la valeur emblématique
et identitaire du paysage du corridor du littoral de Cacouna, la commission
est d'avis qu'aucune éolienne ne devrait y être implantée,
tout particulièrement entre le fleuve et les routes 20 et 132.»
«Nous respectons ces recommandations, Notre projet est passé
de 134 à 114 éoliennes. Il n'y en a plus une seule aux
abords de ces routes ni à proximité des résidences,
et les corridors migratoires sont évités», poursuit
M. Dion.
Réactions nombreuses
Le préfet de la MRC, M. Michel Lagacé, est satisfait du
rapport et estime que dans un monde idéal, le projet devrait
être recommencé à zéro, éolienne par
éolienne. «Ce rapport met un baume sur pas mal de plaies
pour nous. On a dit que notre RCI était trop restrictif alors
que le BAPE conclut qu'il n'est pas assez sévère.».
Réagissant aux commentaires de la compagnie, ce dernier affirme
que non, le promoteur ne répond pas encore à toutes les
exigences du RCI. «La question de l'enfouissement des fils électriques
n'est pas encore réglée», dit-il, constatant aussi
que le BAPE reconnaît que l'implantation du parc n'a pas été
faite en tenant compte des paysages. «La zone de l'étude
d'impact devrait être plus grande, comme le recommande le BAPE.»
Le porte-parole des opposants, M. Bertrand Gaudreault, est du même
avis. «Ce projet a été improvisé, n'aurait
jamais du être présenté et ne cadre pas du tout
dans notre milieu touristique. Tout a été structuré
sans que la population soit consultée.»
La BAPE juge insuffisantes les retombées économiques dans
le milieu et les redevances allouées aux propriétaires
terriens, ce qu'accueille avec satisfaction le directeur général
de la Chambre de commerce de la MRC de Rivière-du-Loup, M. Pierre
Levesque. «Nous avions demandé la mise en place d'un comité
de maximisation des retombées économiques et les commissaires
en ont tenu compte. Il est important de consulter le milieu. Ça
prouve qu'un promoteur peut mettre beaucoup d'argent dans un projet
et se retrouver dans un cul de sac comme c'est le cas actuellement.»
La commission juge important que Québec établisse des
mécanismes pour mieux encadrer le développement de la
filière éolienne. «Les outils réglementaires
dont disposent les MRC ne permettent de pallier que temporairement au
manque d'encadrement du développement éolien en territoire
privé. Des ajustements sont nécessaires.»
Le ministre de l'Environnement, M. Claude Béchard, n'a pas commenté.
«Le conseil des ministres tiendra compte des recommandations du
BAPE dans sa décision d'émettre ou non le décret
autorisant la poursuite du projet», affirme son attachée
politique, Mme Danielle Pelletier. Le projet est tout de même
loin d'être enterré, puisque le Saint-Laurent-Portage a
obtenu la confirmation que le gouvernement tiendra compte des modifications
au projet avant de décider d'il donne ou non son aval.