CANADA: QUEBEC

Le Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) rejette le projet de SkyPower

Par Marc Larouche 28 oct 2006


http://www.hebdosquebecor.com/slp/10292006/slp_10292006_A13.shtml

Le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), rejette le projet de SkyPower dans la MRC de Rivière-du-Loup. L'organisme estime que, «dans sa version la plus récente, ce projet éolien ne peut être réalisé.» Dans un rapport dévastateur, le BAPE conclut que le projet contrevient à la réglementation en vigueur à MRC, représente un risque pour le paysage, la faune ailée, le climat sonore, l'agriculture et ne reçoit pas l'appui de la communauté. Malgré cela, la torontoise ne baisse pas les bras.

«Nous n'avons pas attendu ce rapport pour prendre les devants. Le BAPE, c'est une photo prise lors des audiences. Depuis, notre projet a évolué et nous souscrivons maintenant à l'essentiel des réserves émises par les commissaires, dont l'acceptation sociale et les données environnementales», dit le porte-parole de SkyPower, M. Jean-Pierre Dion.
Soulignant que le projet a connu plusieurs modifications et que la version finale n'est pas encore connue, le BAPE dit avoir ciblé de grands enjeux qui s'appliquent, «peu importe la disposition définitive des éoliennes». Ainsi, la commission, présidée par M. François Lafond, souligne le support quasi unanime de la population en ce qui a trait au développement éolien, mais dit constater aussi les inquiétudes des participants à propos de celui de SkyPower «qui modifierait profondément le caractère de leur milieu de vie.»
150 pages
Le rapport de 150 pages fait aussi état de l'absence de concertation entre le promoteur, la population et les acteurs au dossier. «Plusieurs participants ont décrié la façon de faire du promoteur dans l'élaboration de son projet. Le Centre local de développement déplore n'avoir pas été interpellé pour contribuer à l'avancement du projet. De même, la MRC a qualifié de difficiles ses relations avec le promoteur depuis l'annonce du projet jusqu'à l'adoption du règlement de contrôle intérimaire. Ce problème a aussi été souligné par les municipalités de Saint-Paul-de-la-Croix et de Saint-Épiphane.»
Le BAPE considère que le règlement de contrôle intérimaire de la MRC, n'est pas trop restrictif, mais, qu'au contraire, il représente des exigences minimales qu'il importe de respecter. «Compte tenu de la valeur touristique et patrimoniale reconnue et de la valeur emblématique et identitaire du paysage du corridor du littoral de Cacouna, la commission est d'avis qu'aucune éolienne ne devrait y être implantée, tout particulièrement entre le fleuve et les routes 20 et 132.»
«Nous respectons ces recommandations, Notre projet est passé de 134 à 114 éoliennes. Il n'y en a plus une seule aux abords de ces routes ni à proximité des résidences, et les corridors migratoires sont évités», poursuit M. Dion.
Réactions nombreuses
Le préfet de la MRC, M. Michel Lagacé, est satisfait du rapport et estime que dans un monde idéal, le projet devrait être recommencé à zéro, éolienne par éolienne. «Ce rapport met un baume sur pas mal de plaies pour nous. On a dit que notre RCI était trop restrictif alors que le BAPE conclut qu'il n'est pas assez sévère.». Réagissant aux commentaires de la compagnie, ce dernier affirme que non, le promoteur ne répond pas encore à toutes les exigences du RCI. «La question de l'enfouissement des fils électriques n'est pas encore réglée», dit-il, constatant aussi que le BAPE reconnaît que l'implantation du parc n'a pas été faite en tenant compte des paysages. «La zone de l'étude d'impact devrait être plus grande, comme le recommande le BAPE.»
Le porte-parole des opposants, M. Bertrand Gaudreault, est du même avis. «Ce projet a été improvisé, n'aurait jamais du être présenté et ne cadre pas du tout dans notre milieu touristique. Tout a été structuré sans que la population soit consultée.»
La BAPE juge insuffisantes les retombées économiques dans le milieu et les redevances allouées aux propriétaires terriens, ce qu'accueille avec satisfaction le directeur général de la Chambre de commerce de la MRC de Rivière-du-Loup, M. Pierre Levesque. «Nous avions demandé la mise en place d'un comité de maximisation des retombées économiques et les commissaires en ont tenu compte. Il est important de consulter le milieu. Ça prouve qu'un promoteur peut mettre beaucoup d'argent dans un projet et se retrouver dans un cul de sac comme c'est le cas actuellement.»
La commission juge important que Québec établisse des mécanismes pour mieux encadrer le développement de la filière éolienne. «Les outils réglementaires dont disposent les MRC ne permettent de pallier que temporairement au manque d'encadrement du développement éolien en territoire privé. Des ajustements sont nécessaires.»
Le ministre de l'Environnement, M. Claude Béchard, n'a pas commenté. «Le conseil des ministres tiendra compte des recommandations du BAPE dans sa décision d'émettre ou non le décret autorisant la poursuite du projet», affirme son attachée politique, Mme Danielle Pelletier. Le projet est tout de même loin d'être enterré, puisque le Saint-Laurent-Portage a obtenu la confirmation que le gouvernement tiendra compte des modifications au projet avant de décider d'il donne ou non son aval.




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