La lente percée de l'éolien:
Thomas Brosset

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Parc de Bouin.Dressées en demi-cercle face à la mer, les pales des éoliennes géantes brassent le souffle marin
ADEME : Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie
L'île de Noirmoutier, immortalisée jadis pour ses moulins à vent, se prélasse dans l'horizon océanique. L'air sent le gros sel, le varech et la salicorne. Sur la piste qui longe la mer, au milieu des polders, des cyclistes en cirés rouges et jaunes pédalent, nez à la brise. Ici, à Bouin, le vent n'est pas vain. Dressées en demi-cercle face à la mer, les pales de huit éoliennes géantes brassent le souffle marin. Au pied des énormes mâts, on entend le bruit des vagues au loin. Les cyclistes s'arrêtent, font quelques photos des engins et reprennent leur piste. Le parc éolien de Bouin, jusqu'à peu le plus puissant de France, est devenu, depuis sa mise en service en juin 2003, une destination touristique incontournable en Vendée. Il figure sur les guides au même titre que les marais salants, la maison de Clemenceau ou le port de Saint-Gilles. Avec ses 19,5 MW, il assure la consommation énergétique de 20 000 foyers ou 50 000 habitants, soit l'équivalent de la ville de La Roche-sur-Yon, à 60 kilomètres de là.
« Nous sommes devenus une référence pour toutes les régions de France. Il est vrai que nous avons eu la chance de trouver un site idéal. Il y a peu d'habitations à proximité. Tout a été imaginé en concertation totale avec la population. Un sondage a été réalisé quelques mois après l'installation des éoliennes. 96 % des personnes interrogées et qui vivent dans l'environnement immédiat se disent satisfaites du parc », explique Cyril Perrin, chargé du dossier au Syndicat d'énergie de la Vendée
Bouin, la vitrine. Dans la guerre qui divise la France sur les éoliennes, Bouin offre une vraie vitrine aux partisans. Même l'association Vent de colère (lire ci-contre), figure de prou des opposants, se fait discrète sur le cas de Bouin : « Normal qu'on n'entende pas le bruit des aérogénérateurs. C'est la mer qui le couvre », commente, laconique, son président de Charente-Maritime Michel Broncard, pourtant tatillon sur le moindre décibel. Depuis cinq ans, la France tente de rattraper son retard. Deuxième gisement éolien d'Europe (ressources en vent), elle est à la traîne pour son exploitation. L'implication d'EDF dans le rachat de l'électricité a ouvert le marché. Devenant rentable (1), l'éolien a aiguisé les appétits. Le Languedoc-Roussillon, la Bretagne, le Nord-Pas-de-Calais, régions particulièrement bien servies en vent, s'y sont lancés à fond.
Puis, petit à petit, la campagne française s'est couverte d'éoliennes. A une centaine de kilomètres au sud de Bouin, le parc éolien de Saint-Crépin-de-Richemont, en Charente-Maritime, est installé au sommet d'une petite colline, à une trentaine de kilomètres de l'Océan. Le paysage agricole où les six machines tournent est scarifié de deux lignes à moyenne tension, et enlaidi d'un château d'eau et du silo à grains de Tonnay-Boutonne. C'est le parc en service le plus méridional de la région Sud-Ouest.
Saint-Crépin dans la douleur.
Plus modeste que celui de Bouin, il atteint une puissance de 9 MW et peut fournir l'électricité pour 9 000 foyers. Sa mise en service ne fut pas de tout repos. L'association Vent de colère en a fait sa croisade et obtenu de la préfecture un décret propre à la Charente-Maritime : aucun projet de parc éolien ne pourra voir le jour à moins de 900 mètres de toute habitation.
La réglementation française est pourtant la plus stricte d'Europe vis-à-vis des nuisances sonores puisque le niveau d'émergence du bruit d'une éolienne ne doit pas dépasser le niveau d'avant son installation. En clair, le niveau zéro, si c'est le silence qui régnait auparavant sur le site. « Il n'y a que les promoteurs qui disent que les nouvelles éoliennes ne font pas de bruit », assure Michel Broncard.
Résultat, sur les dix-huit dossiers d'éoliennes déposés en Charente-Maritime, beaucoup ont déjà été abandonnés en cours de route. Seuls Saint-Crépin et Bernay-Saint-Martin (travaux en cours) ont obtenu, jusqu'alors, le feu vert définitif. Quatre projets ont été rejetés, neuf sont encore en enquête publique, trois font l'objet de recours.
Pas de volonté politique

Même constat un peu plus au sud, dans le Médoc, où le projet de parc éolien du Verdon est tombé dans l'estuaire : « Il faut une volonté politique pour soutenir les projets éoliens. Au Verdon, elle n'y était pas, c'est le moins qu'on puisse dire », fulmine Pierre Girard, directeur de la société béglaise Valorem, qui portait le projet. Le Nord-Médoc dispose pourtant d'un bon gisement éolien.
Encore plus au sud, rien avant l'Espagne. « C'est vrai que l'Aquitaine a pris du retard, mais moi je préfère parler de l'avenir », explique Alain Mestdagh, de l'Ademe (2) Aquitaine. « En 2002, nous avons fait réaliser une étude sur les ressources en vent de la région. Mais nous n'y avions pas intégré les contraintes du raccordement au réseau. Cette hypothèque qui a freiné bien des projets est sur le point d'être levée par une étude complémentaire. Fin 2007, notre carte des gisements éoliens d'Aquitaine sera complète. Et les projets qui sont à l'étude en Gironde et dans les Landes pourront voir le jour d'ici deux ou trois ans. »
(1) L'investissement est estimé à 1 000 euros par kilowatt installé pour une rentabilité de 10 % par an. Après dix ans, c'est tout bénéfice, et la durée de vie d'une éolienne varie entre 20 et 25 ans.

 



 

 

 

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