L’ARGENT DES EOLIENNES


Article publié le 15 fevrier 2007

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L’ARGENT DES EOLIENNES

Au-delà des débats qu’il suscite en termes d’esthétique et d’environnement, l’éolien apparaît comme un secteur économique en pleine expansion. Comment expliquer un tel essor ?

LAURENT BIJARD, journaliste

C’est un Noël historique que vient de vivre le groupe EDF. Déjà très heureux du record atteint par l’action EDF, ses dirigeants ont pu sabler le champagne après la mise sur le marché de la « petite » filiale EDF Énergies nouvelles. L’introduction en Bourse de ce bébé prometteur a déclenché en novembre dernier une frénésie folle. Les investisseurs institutionnels étaient prêts à miser plus de dix milliards d’euros sur le champion français de l’éolien. Le titre s’est envolé de 40 % en quelques semaines. Les stratèges d’EDF EN écartent tout risque de « bulle » : « Nous avons acquis une réelle crédibilité, avec un véritable actif, une expérience et une présence internationales. Enfin, nous sommes la filiale d’une vénérable maison à la compétence reconnue », assure Antoine Saglio, directeur adjoint d’EDF EN.

Du rêve et de l’argent.
Il est vrai qu’EDF nourrit pour sa filiale l’ambition de détenir rapidement 30 % du marché de l’éolien. Pierre Gadonneix, son P.-D.G., affirme que son groupe a la ferme intention d’investir autant dans cette énergie propre que dans la nouvelle génération de réacteur nucléaire EPR, soit plus de 3 milliards d’euros d’ici 2010...
Dans l’Hexagone, nouvelle terre de cocagne des aérogénérateurs, la production éolienne française double tous les ans. 400 MW en 2004, 700 en 2005, 1 500 fin 2006… Le groupe EDF n’est pas le seul à se tourner vers ce qui ressemble de plus en plus à l’industrie du vent. Les mastodontes du Cac 40 ont pris la place des doux rêveurs écologistes et des PME pionnières. Le n° 1 mondial du nucléaire, Areva, le géant de l’or noir, Total, et même le gazier GDF se mettent à l’énergie verte. Une stratégie qui permet de soigner l’image, avec l’espoir de brasser beaucoup d’argent…
Dix ans après le protocole de Kyoto, les temps ont changé. Le développement durable est devenu un must. Le réchauffement de la planète et la lutte contre les gaz à effet de serre sont désormais des thèmes en vogue. Le succès planétaire du film d’Al Gore et l’irruption des idées de Nicolas Hulot dans la campagne présidentielle en France renforcent une tendance de fond. Mais c’est la décision de l’État de soutenir largement la diversification des sources d’énergie qui semble surtout susciter l’affection naissante des groupes industriels pour le vent.
Tout commence en juin 2001 avec l’arrêté Cochet. Dans le pays qui peut se flatter d’être un des meilleurs élèves d’Europe en matière de gaz à effet de serre grâce au nucléaire (80 % de l’électricité consommée) et à l’hydraulique (plus de 10 %), le gouvernement Jospin entend limiter ces émissions de CO2 et encourager l’émergence des énergies propres. Un plan « éolien » est mis en œuvre au nom d’une directive européenne qui ne l’oblige en rien. La France choisit de s’inspirer des politiques de subventions mises en œuvre dans deux pays précurseurs, l’Allemagne et le Danemark. L’État garantit le rachat de l’électricité verte par EDF, à un prix environ trois fois supérieur à celui du courant produit par les centrales nucléaires ! EDF ne proteste pas, car le coût de la mesure est finalement répercuté dans la facture présentée à ses clients.

Bientôt sept mille éoliennes en France.
Un choix conforté par le gouvernement Villepin qui, dans la foulée de sa loi d’orientation énergétique de 2005, publie un arrêté en juillet dernier qui fixe à 8,38 centimes d’euros le prix pour le rachat obligatoire du courant éolien pendant quinze ans ! « La droite aurait pu suspendre les mesures du gouvernement Jospin mais l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) et le lobby éolien ont vanté une énergie propre et gratuite. Enfin, la plupart des maires ruraux sont candidats à une ferme éolienne sur leur commune, appâtés par la taxe professionnelle », remarque Didier Wirth, président du Comité des parcs et jardins de France, qui s’inquiète de la délicate intégration de machines toujours plus imposantes dans le paysage. Car, désormais, la France affiche ses ambitions dans le Journal officiel : 13 500 MW éoliens en 2010, 17 000 MW en 2015, soit près de sept mille éoliennes réparties sur le territoire, pour le plus grand bonheur des industriels du vent…
En coulisses, les membres éminents de la Commission de régulation de l’énergie s’arrachent les cheveux. L’analyse qu’ils ont fournie en 2006 au gouvernement n’a servi à rien. Selon eux, le tarif établi par le gouvernement est trop élevé et il « occasionne une rentabilité des capitaux propres trop importante (…), de l’ordre de 20 à 40 % par an, après impôts, garantie sur quinze ans, pour des sites moyennement ventés. » (Chez EDF EN, on avance un taux de 9 %.) Mais le groupe de sages va plus loin : il est le premier à chiffrer un surcoût de l’énergie éolienne de 1 à 2,5 milliards d’euros par an. Sa conclusion ? L’option choisie « représente un soutien disproportionné à la filière éolienne, au regard du bénéfice attendu ».
D’autres experts le reconnaissent : l’énergie éolienne n’est vouée qu’à jouer un rôle d’appoint au sein d’un véritable bouquet énergétique. Un « outsider » parfois capricieux, qui ne fonctionne, en moyenne, qu’un jour sur quatre, et qui s’arrête quand la vitesse du vent dépasse les 90 km/h… Un apport aléatoire qui oblige les gestionnaires de réseaux de transport d’électricité à une extrême dextérité : l’offre d’électricité devant toujours être égale à la demande. L’usage d’éoliennes nécessite ainsi de prévoir une centrale thermique prête à prendre le relais en cas de souci de vent. Un comble, quand la politique affichée est de réduire les émissions de CO2…
Enfin, les spécialistes du climat rappellent que les deux principales causes d’émissions de gaz à effet de serre restent les transports et le chauffage des habitations. Ainsi, à la fondation Nicolas-Hulot, on s’étonne de cet engouement pour l’éolien, qui représente une part aussi faible de la consommation (0,2 %), quand un programme d’économie d’énergie, comme l’isolation des logements, pas plus exigeant en argent public, pourrait faire baisser la consommation d’énergie de 10 %. Malheureusement, cette efficacité n’a pas encore trouvé son logo porteur…

 

 

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